Et si tu n’existais pas…

16 06 2008

« Si l’identité désigne ce qui demeure au sein de ce qui devient, alors, pour avoir une identité, c’est-à-dire pour rester le même, il faut être au moins deux. » - Raphaël Enthoven

 

Pas fou non? Car en effet, que sommes-nous sans l’autre? L’autre pouvant être un deuxième nous-même ou une personne extérieure à nous. Nous avons intrinsèquement besoin d’une opinion extérieure pour exister, pour s’affirmer, c’est-à-dire avoir une identité propre. Il faut savoir passer par-dessus les jugements des autres, il en va de soi, mais leurs regards, eux, nous sont essentiels. Ne plus avoir le regard des autres c’est ne plus savoir qui l’on est. De ce fait, l’identité sociale et l’identité personnelle vont de pairs puisque nous nous mettons à chercher qui nous sommes lorsque les autres ne nous reconnaissent plus. Je dirais alors que « l’autre » est le miroir de nous même, celui qui nous permet d’avoir une identité, de s’affirmer, d’être quelqu’un et de savoir qui est ce quelqu’un que nous qualifions de « moi ».

                                                                                     

Nous ne pouvons pas sans cesse rester « le même » dans la vie puisque le temps passe, tout comme nous même et l’extérieur, nous changeons quelque peu ainsi que ce que nous qualifions autrefois de « moi », ce « moi » qui aujourd’hui en est un autre, mais est tout de même là, sous une autre forme tout simplement.

 

Nous n’oublions pas, nous gardons en nous ces expériences de notre passé qui font de notre « moi » ce qu’il est aujourd’hui à travers nos yeux et ceux des autres.

 

« Ce que je sais, je ne le suis plus, ce que je suis, je ne le sais pas : telle est la loi du temps. »

 

Et si tu n’existais pas,
Je ne serais qu’un point de plus
Dans ce monde qui vient et qui va,
Je me sentirais perdu,
J’aurais besoin de toi.
Et si tu n’existais pas,
Dis-moi comment j’existerais ?
Je pourrais faire semblant d’être moi,
Mais je ne serais pas vrai.
 
– Joe Dassin –

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Photo par Illusionarydesires (http://illusionarydesires.deviantart.com/)

 





Pardonnez-moi si j’ai pêché

1 05 2008

L’homme est cet être qui fuit sans cesse son incontournable fatalité. Pourquoi l’homme fuit-il sans cesse la réalité? Parce qu’il sait fondamentalement que chaque vie a une fin, qu’il s’agit là d’une règle établie à laquelle il est impossible de se soustraire. Il est question ici de la finitude de la condition humaine, un réel des plus indésirables, notre obstination; notre détournement de la réalité. Selon Clément Rosset (philosophe qui défend un réalisme radical), « Il faut distinguer trois types de réel : un réel bienheureux avec lequel on s’accorde volontiers, un réel qui nous est indifférent et, enfin, un réel insupportable qu’on cherche à fuir, auquel on préfère des doubles. »

 

Et, nous le savons, l’homme est sans cesse à la recherche d’échappatoires face au réel. Les religions viennent exactement de cette idée de l’homme à refuser la réalité. Et la société d’aujourd’hui vit dans une éternelle illusion. L’homme s’accrocherait à la religion parce qu’il s’agit d’un autre moyen de refuser la réalité et que la religion lui promet un paradis alors que si l’homme se détourne constamment du réel c’est justement pour fuir son destin inévitable.

 

Le problème de ce monde est de se doter d’utopies plutôt que de réelles façons de régler les choses. Les utopies, comme nous l’ont montré l’histoire ont été plus dévastatrices qu’autres choses puisque souvent elles ont amenées les pires désastres que le monde est connu. Ce qu’il faut ce n’est pas créer un autre monde (car de cette façon nous continuons dans l’illusion et le dédoublement de la réalité) ce qu’il faut c’est trouver des moyens de rendre meilleure la réalité qui nous afflige ici et maintenant.

 

Je me fous de savoir s’il y a un paradis, la religion ce n’est pas pour moi. J’ai mes propres croyances et ça me suffit à avancer dans la vie, dans la réalité. Pardonnez-moi si j’ai pêché, mais au moins j’aurai tenté de vivre et d’affronter le réel, avec les joies et les souffrances, les apprentissages, mais surtout le bonheur que celui-ci peut apporter quand on a enfin appris à l’accepter.





Ne vous fiez pas aux apparences?

8 04 2008

Je lisais un article tout récemment qui m’a bien fait réfléchir sur notre façon de percevoir les apparences. On le sait bien les apparences sont trompeuses, il paraît oui…du moins c’est ce qu’on dit. Mais peut-être bien que c’est le sentiment d’être trompé par  eux qui est un piège. Notez bien la différence. On aime bien rencontrer quelqu’un et lui donner involontairement un étiquette, qu’on le veuille ou non, et on se sent fier d’avoir découvert chez cette personne un aspect qui a priori ne sautait pas aux yeux, du moins c’est ce qu’on se fait croire. Ce qui est dure à admettre c’est que nous avons tout sous les yeux. On se montre bien ce qu’on veut voir, le reste on le cache sous le tapis avec la poussière.  « Tel un comédien dont les spectateurs savent qu’il récite un texte, l’apparence n’induit en erreur qu’en renseignant immédiatement celui qui l’observe sur l’erreur qu’elle propose. »

 

Une chose est drôle pourtant. On dit souvent que la première impression est importante. Pourtant, dans notre mentalité, il faut aller voir plus loin que cela, et c’est tout à fait louable, mais cette première impression, cette première intuition je dirais, peut, elle aussi, être d’une très grande révélation.

 

Personne ne veut être dupe des apparences, tout le monde veut sortir de la noirceur, rejoindre la vérité, le « monde vrai ».

 

« La société du spectacle est aussi le spectacle de la société qui s’admire et se félicite de n’être pas dupe du spectacle qu’on lui propose. »

 

« Nous avons tout sous les yeux, mais il est plus difficile d’admettre ce qu’on sait, que de découvrir ce qu’on ignore. » Tout comme il est difficile de garder les yeux ouverts quand tout le monde les a fermés.

 

 

Inspiré de : Les apparences, Raphaël Enthoven. Philosophie magazine. Mensuel no 17, mars 2008

 





L’obsession de soi

28 03 2008

le_monde_et_moi_by_swedey.jpg« De Myspace aux blogs, des palais de la République aux émissions de télé-réalité, l’obsession de soi-même est le lot de notre époque. Mais qui sont vraiment les Narcisses contemporains? La redécouverte de la pensée de L’Américain Christopher Lasch s’impose, permettant de prendre un peu de distance et d’échapper aux lieux communs. Alors que l’ « amour de soi » traditionnel sous-tend « un sens du moi fort et stable ». « les Narcisses contemporains souffrent d’un sentiment d’inauthenticité et de vide intérieur » (La Culture du narcissisme, 1979). Ces expressions mettent en lumière l’ « homme psychologique de notre temps » dont Lasch a dessiné les contours en vue d’interroger notre culture. Pertinente, l’œuvre de cet intellectuel inclassable (1932-1994), issu de la gauche mais réfractaire à la religion du progrès, est une référence. Un seul ouvrage de lui n’avait pas encore été traduit en français, c’est désormais chose faite avec la parution du Moi assiégé. Essai sur l’érosion de la personnalité (Climats) Publié en 1984 sous le titre The Minimal Self, l’ouvrage prolonge La Culture du narcissisme en s’interrogant sur la difficulté du sujet contemporain à penser son individualité par rapport au monde. Lasch y brosse un portrait d’une individualité faible qui peine à cerner les contours du son « moi », en proie à une double illusion narcissique : le désir de toute-puissance laisse croire que le monde est à son image, et l’impression de n’en être qu’un simple jouet nourrit le sentiment de persécution. [..] » 

« Dans une époque troublée comme la nôtre, la vie quotidienne se transforme en un exercice de survie. Les gens vivent au jour le jour. Ils évitent de penser au passé, de crainte de succomber à une « nostalgie » déprimante : et lorsqu’ils pensent à l’avenir, c’est pour y trouver comment se prémunir des désastres que tous ou presque s’attendent désormais à affronter »  

Ces citations sont extraits d’un article du Philosophie magazine (mensuel N°17, mars 200 8) http://www.philomag.com/