Et si tu n’existais pas…

16 06 2008

« Si l’identité désigne ce qui demeure au sein de ce qui devient, alors, pour avoir une identité, c’est-à-dire pour rester le même, il faut être au moins deux. » - Raphaël Enthoven

 

Pas fou non? Car en effet, que sommes-nous sans l’autre? L’autre pouvant être un deuxième nous-même ou une personne extérieure à nous. Nous avons intrinsèquement besoin d’une opinion extérieure pour exister, pour s’affirmer, c’est-à-dire avoir une identité propre. Il faut savoir passer par-dessus les jugements des autres, il en va de soi, mais leurs regards, eux, nous sont essentiels. Ne plus avoir le regard des autres c’est ne plus savoir qui l’on est. De ce fait, l’identité sociale et l’identité personnelle vont de pairs puisque nous nous mettons à chercher qui nous sommes lorsque les autres ne nous reconnaissent plus. Je dirais alors que « l’autre » est le miroir de nous même, celui qui nous permet d’avoir une identité, de s’affirmer, d’être quelqu’un et de savoir qui est ce quelqu’un que nous qualifions de « moi ».

                                                                                     

Nous ne pouvons pas sans cesse rester « le même » dans la vie puisque le temps passe, tout comme nous même et l’extérieur, nous changeons quelque peu ainsi que ce que nous qualifions autrefois de « moi », ce « moi » qui aujourd’hui en est un autre, mais est tout de même là, sous une autre forme tout simplement.

 

Nous n’oublions pas, nous gardons en nous ces expériences de notre passé qui font de notre « moi » ce qu’il est aujourd’hui à travers nos yeux et ceux des autres.

 

« Ce que je sais, je ne le suis plus, ce que je suis, je ne le sais pas : telle est la loi du temps. »

 

Et si tu n’existais pas,
Je ne serais qu’un point de plus
Dans ce monde qui vient et qui va,
Je me sentirais perdu,
J’aurais besoin de toi.
Et si tu n’existais pas,
Dis-moi comment j’existerais ?
Je pourrais faire semblant d’être moi,
Mais je ne serais pas vrai.
 
– Joe Dassin –

—————————————————————————————————

Photo par Illusionarydesires (http://illusionarydesires.deviantart.com/)

 





Économie de marché en Chine durant la révolution culturelle

31 05 2008

« Petit bond »

 

            En juillet 1955, c’est le recouvrement rapide du mouvement des coopératives au pays. Et Mao se sert de la croissance des ces dernières pour joindre le politique à l’économique. Leur potentiel de mobilisation est mis en œuvre lors d’un plan de développement agricole : « Mao ne cherche pas à mieux répartir un surplus mesuré, mais à créer du surplus à partir du travail activé de la base en complément du développement industriel planifié » Dans le milieu des années 50, cette vague collectiviste, pourrait-on dire, est qualifié de « petit bond », et elle sera la cause de bien des conflits dû à une croissance trop rapide (crise du logement, insatisfaction des « nationalisés » et bureaucratie qui contrevient à celle de l’ancien système de pouvoir). On cherche, avec les coopératives supérieures à s’attaquer aux inégalités entre les villes et les campagnes et entre les groupes sociaux. Mao fait appel à la mobilisation politique de la main d’œuvre afin de créer des ressources complémentaires.

 

Ce petit bond était fortement sous l’influence du mouvement soviétique, et la Chine cherchera, par la suite, à s’en éloigner. C’est le Grand Bond en avant qui tranquillement fait sa trace afin de mieux entrer dans l’histoire.

 

 

Le Grand Bond en avant

 

« La victoire politique ne sera pas transformée en réussite économique et sociale. De là une dispute qui brise en dix ans la coalition de Yan’an en faisant de Mao l’organisateur exalté puis contesté d’une échappée dans l’utopie : le Grand Bond en avant. »

 

Le Grand Bond est une réforme agraire ayant pour but l’éloignement du modèle soviétique. Tout d’abord, le Grand Bond est une campagne du Parti Communiste Chinois de République populaire de Chine qui a duré 2 ans (1958-1960) et qui avait pour but l’industrialisation rapide du pays. Le Grand Bond possédait un but fondamentalement économique puisqu’il visait l’accélération du développement à ce niveau, mais également l’accélération technique de la Chine, le tout se voulant obtenir des résultats meilleurs que ceux qui avaient pus être obtenus durant les premières années du régime (premier plan quinquennal). Le Parti croyait pouvoir atteindre les objectifs fixés en utilisant les ressources locales le plus efficacement possible et cela pour la synchronisation du développement agraire et industriel. Le concepteur de ce magnifique projet, Mao Zedong, avait dans l’intention de donner une nouvelle orientation politique à son pays, la Chine. Il est difficile pour nous aujourd’hui de comprendre les causes d’un tel désastre économique, écologique et humain, mais c’est pourtant dans cette voie que la Chine a décidé de s’engager en 1958. Si le tout est difficile à concevoir, c’est que les dirigeants communistes chinois avaient, quelques années auparavant, engagé un programme de développement industriel très classique. Il devient alors plutôt surprenant que ces mêmes dirigeants soient, par la suite, à la tête de la politique économique la plus surprenante et la plus irrationnelle de ce siècle.

 

La remise en cause du  système soviétique

 

            Les Chinois avait, avec ferveur et cela jusqu’aux années 1950, suivi le modèle soviétique en investissant dans le développement industriel. Mao possède la conviction que le projet de L’Union soviétique doit être adapté à la situation chinoise. L’erreur du Parti a été de ne voir que les bons côtés de ce système pourtant loin d’être parfait.

 

Dans les années 1930, les soviétiques, pour financer le développement de l’industrie et nourrir les travailleurs, avaient utilisé l’exportation des produits agricoles. Pourtant, cette collectivisation obligatoire des fermes et la famine qui s’en suivie (dû à la volonté de garder les surplus pour le développement industriel) causa la mort de millions de paysans. Or, des différences importantes subsistent entre la Chine et l’Union soviétique entre autres au niveau de la population, la population chinoise est quatre fois plus élevée, et de la productivité agricole, la production d’un paysan chinois en 1958 ne vaut que la moitié de celle d’un paysan soviétique. Mao voit en la paysannerie une source d’appui et même un substitut à un capital rare. Mais Mao Zedong s’inquiète lors de la déstalinisation qui débute au XXe  congrès du Parti communiste d’Union soviétique et lors de l’insurrection de Budapest (1956), car celle-ci montre « la face cachée » d’un modèle qui est loin d’être parfait tel que les dirigeants chinois avaient bien voulu le voir. Ce moment marquera alors le début de la rupture entre la Chine et l’Union soviétique.

 

Communes populaires

 

            À partir de 1958, et en l’espace de quelques mois, ce sont près de 125 millions de familles qui sont regroupées dans près de 740 000 fermes collectives fédérées par près de 26 000 communes populaires. En effet, les exploitations collectives sont regroupées en unités de dizaine de milliers d’habitants. Au détriment de la famille, s’instaure le cadre de la commune populaire faisant la promotion de la décentralisation de la société chinoise. Les villes sont mêmes appelées à atteindre leur autosuffisance alimentaire! Chaque commune contrôlait effectivement ses moyens de production et elle opérait de façon indépendante. Ce modèle de fonctionnement envisageait l’autosuffisance dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, de l’administration et de la sécurité locale. Il s’agissait d’un espoir qui permettrait la libération des ressources pour les travaux d’infrastructure prévus dans le fameux plan de développement. Selon les différentes régions, le système s’installait parfois de manière extrémiste : les cuisines et les crèches devenaient communes, l’emphase était mis sur la communauté qui s’opposait au modèle traditionnel de la famille, des foyers familiaux étaient même parfois transformés en dortoirs communautaires.

 

Dès 1959, la population montre des signes de réticences et de manifestation. Le Parti va même jusqu’à présenter un faux rapport qui montrait un constat positif de la production de 1958. Il aurait fallu agir tout de suite, avant que les conséquences économiques du Grand bond, qui commençaient déjà à se faire sentir, deviennent irréparables et surtout désastreuses du point de vue écologique et humain également.

 

Tel que mentionné plus haut, les conséquences du Grand bond se font sentir et commencent à faire des ravages: on manque de matières premières pour les industries, des surplus de biens de mauvaise qualité s’accumulent, le tout est mal géré, les usines et les infrastructures se détériorent et la population se démoralise complètement, y compris les cadres du Parti. La population sombre tranquillement dans la dégénération complète lorsque que des pénuries de nourriture apparaissent et font place à la grande famine dans plusieurs régions de la Chine.  

La grande famine

Pendant la famine de 1959-1961, les camps se transforment en mouroir. 3 à 4 millions de personnes y meurent de faim. La récolte est encore plus désastreuse que l’année précédente. En plus de la grande famine que connaît le pays, les provinces du nord sont touchées par une sécheresse de trois ans. Il y a des manques partout, même dans les régions les plus favorisées où on manque de bois pour les cercueils. Mais les principales victimes de se désastre sont les paysans. Un peu partout, les corps gisent dans les champs et les survivants ne peuvent même pas les enterrer par manque de forces. L’humain devient animal et marche à quatre pattes sur le sol pour se nourrir de graines sauvages, et ces derniers sont battus lorsqu’on les surprend, ou encore se retrouvent accroupis dans les mares et les fossés pour ramasser de l’herbe et chasser les grenouilles. Les poulets et les canards avaient été confisqués par les cadres du Parti et plus aucun bœuf ou chien n’était abattu, ni aucun oiseau chassé et tué, c’était un silence bien étrange qui régnait dans les campagnes où la mort faisait son chemin partout. La plupart des chinois étaient squelettiques et s’écroulaient dans leur sommeil, sans bruit, et pour ne plus jamais se réveiller.

1960 est sans doute l’année la plus sombre que la Chine est connue et également une preuve de plus dans l’histoire de l’humanité que l’homme peut descendre bien bas. Les femmes n’arrivaient même plus à donner naissance et les jeunes enfants étaient sacrifiés, car on donnait leurs rations aux aînés. L’homme retrouvait son côté animal alors que le cannibalisme était devenu essentiel à la survie. Les paysans allaient tailler des pièces dans les cadavres la nuit pour se nourrir et ceux qui se révoltaient étaient tout simplement battus. On pousse même jusqu’à faire l’échange d’enfants pour les manger (yizi er shi). Lorsqu’il y a des morts, on les cache pour conserver leurs rations. Dû à cela, Mao doit envoyer des équipes de cadres pour trouver ces cachettes où on entreposait les morts. Les maigres rations qu’on leur donnait n’étaient absolument pas convenables à leur survie et ont donc occasionnées les atrocités décrites précédemment.     

Un désastre économique, écologique et humain

Le constat du Grand bond est plutôt troublant, horrible même, autant au plan économique qu’écologique et, très certainement, humain. L’absolu désir de vouloir atteindre les chiffres souhaités a considérablement nui à la qualité de la production ; les 3 millions de tonnes d’acier qui sortent des fourneaux sont inutilisables et donc pas vendables à l’étranger, et à la machinerie industrielle qui s’effondra au début des années 1960. Dans certaines régions, la production fut très affectée et redescendit en dessous de son niveau de 1949, mais en général, c’est de cinq à dix ans que l’économie chinoise a perdues. Du point de vue écologique, des dommages irréparables ont été causés et les terroirs sont épuisés. Sans compter les victimes de la révolution culturelle qui n’a pas encore eu lieu à cette époque, le Grand bond fait de Mao Zedong un des plus grands meurtriers de l’histoire avec un nombre de victimes allant de 20 à 30 millions selon les différentes opinions et faits recueillis. Ce chiffre est en effet difficile à évaluer surtout si on considère le fait que ces statistiques nous ont été transmises seulement dans les années 1980.

La retraite

            Le Grand bond en avant se termine par des gémissements plutôt qu’une confrontation, et le Parti communiste chinois perd tout son prestige durant ces années de noirceur (1958-1965). Les chinois sont fermés, de manière définitive, à toute tentative visant une nouvelle collectivisation, et sont également hostiles aux idées communistes, mais ces réticences viennent surtout du mouvement paysan. De plus, le Grand bond en avant sème la pagaille derrière lui dans le système politique en le divisant en deux clans qui s’opposeront sans relâche jusqu’à la mort de Mao. Seul quatre alliés lui resteront, et nous savons, par la suite, ce que la Bande des Quatre causera comme dommages durant la révolution culturelle dans les années qui ont suivies.





Harmonie

16 05 2008

 

Ce matin, je me suis levée en me disant que j’étais dû pour écrire un billet sur cette page, mais je ne savais pas trop quoi dire. Et puis finalement, il y a cette pensée qui m’était venue hier soir que j’avais envie de partager.

Souvent l’être humain rêve plus que tout de bien chanter, mais très souvent ce don n’est donné qu’à quelque uns d’entre nous. Et je me suis dit qu’il en était de la voix tout comme des actes humains. Certaines personnes savent chanter extrêmement bien seules tout comme d’autres peuvent avancer facilement dans la vie sans l’aide de personne, mais rien n’est plus efficace qu’un geste collectif et surtout, rien n’est plus beau qu’un groupe d’humains chantant ensemble. Si on les fait tous chanter séparément, il y en aura sûrement beaucoup qui perdront de leur charme, parce que seul, leur geste n’a pas le même effet. Alors que lorsqu’on fait un geste ensemble les sons deviennent tout à coup harmonieux et si jolis à entendre.

Qu’attendons-nous pour faire une chorale de ce monde?





Pardonnez-moi si j’ai pêché

1 05 2008

L’homme est cet être qui fuit sans cesse son incontournable fatalité. Pourquoi l’homme fuit-il sans cesse la réalité? Parce qu’il sait fondamentalement que chaque vie a une fin, qu’il s’agit là d’une règle établie à laquelle il est impossible de se soustraire. Il est question ici de la finitude de la condition humaine, un réel des plus indésirables, notre obstination; notre détournement de la réalité. Selon Clément Rosset (philosophe qui défend un réalisme radical), « Il faut distinguer trois types de réel : un réel bienheureux avec lequel on s’accorde volontiers, un réel qui nous est indifférent et, enfin, un réel insupportable qu’on cherche à fuir, auquel on préfère des doubles. »

 

Et, nous le savons, l’homme est sans cesse à la recherche d’échappatoires face au réel. Les religions viennent exactement de cette idée de l’homme à refuser la réalité. Et la société d’aujourd’hui vit dans une éternelle illusion. L’homme s’accrocherait à la religion parce qu’il s’agit d’un autre moyen de refuser la réalité et que la religion lui promet un paradis alors que si l’homme se détourne constamment du réel c’est justement pour fuir son destin inévitable.

 

Le problème de ce monde est de se doter d’utopies plutôt que de réelles façons de régler les choses. Les utopies, comme nous l’ont montré l’histoire ont été plus dévastatrices qu’autres choses puisque souvent elles ont amenées les pires désastres que le monde est connu. Ce qu’il faut ce n’est pas créer un autre monde (car de cette façon nous continuons dans l’illusion et le dédoublement de la réalité) ce qu’il faut c’est trouver des moyens de rendre meilleure la réalité qui nous afflige ici et maintenant.

 

Je me fous de savoir s’il y a un paradis, la religion ce n’est pas pour moi. J’ai mes propres croyances et ça me suffit à avancer dans la vie, dans la réalité. Pardonnez-moi si j’ai pêché, mais au moins j’aurai tenté de vivre et d’affronter le réel, avec les joies et les souffrances, les apprentissages, mais surtout le bonheur que celui-ci peut apporter quand on a enfin appris à l’accepter.





Ne vous fiez pas aux apparences?

8 04 2008

Je lisais un article tout récemment qui m’a bien fait réfléchir sur notre façon de percevoir les apparences. On le sait bien les apparences sont trompeuses, il paraît oui…du moins c’est ce qu’on dit. Mais peut-être bien que c’est le sentiment d’être trompé par  eux qui est un piège. Notez bien la différence. On aime bien rencontrer quelqu’un et lui donner involontairement un étiquette, qu’on le veuille ou non, et on se sent fier d’avoir découvert chez cette personne un aspect qui a priori ne sautait pas aux yeux, du moins c’est ce qu’on se fait croire. Ce qui est dure à admettre c’est que nous avons tout sous les yeux. On se montre bien ce qu’on veut voir, le reste on le cache sous le tapis avec la poussière.  « Tel un comédien dont les spectateurs savent qu’il récite un texte, l’apparence n’induit en erreur qu’en renseignant immédiatement celui qui l’observe sur l’erreur qu’elle propose. »

 

Une chose est drôle pourtant. On dit souvent que la première impression est importante. Pourtant, dans notre mentalité, il faut aller voir plus loin que cela, et c’est tout à fait louable, mais cette première impression, cette première intuition je dirais, peut, elle aussi, être d’une très grande révélation.

 

Personne ne veut être dupe des apparences, tout le monde veut sortir de la noirceur, rejoindre la vérité, le « monde vrai ».

 

« La société du spectacle est aussi le spectacle de la société qui s’admire et se félicite de n’être pas dupe du spectacle qu’on lui propose. »

 

« Nous avons tout sous les yeux, mais il est plus difficile d’admettre ce qu’on sait, que de découvrir ce qu’on ignore. » Tout comme il est difficile de garder les yeux ouverts quand tout le monde les a fermés.

 

 

Inspiré de : Les apparences, Raphaël Enthoven. Philosophie magazine. Mensuel no 17, mars 2008

 





La fin de l’art institutionnel?

1 04 2008

spece_de_courge_by_yo0pitra_lala.jpgLa reconnaissance internationale est-elle nécessaire à l’obtention du soutien de notre propre pays? 

Je crois qu’il faut commencer par se connaître soi-même avant d’essayer de connaître les autres. Il en va de même pour l’art tout comme l’identité d’un peuple : « J’ai toujours cru que l’art devait incarner la société et le territoire qu’il occupe et que le choix d’aller voir ailleurs arrive après l’affirmation de son identité. » Je dirais donc qu’il n’est absolument pas nécessaire que la reconnaissance internationale nous apporte le soutien de notre pays. Le soutien de notre pays nous devrions l’avoir dès le départ pour, par la suite, s’approprier la reconnaissance des autres nations parce que nous serons fiers de présenter ce que nous avons fait du côté de l’avancement en art de tout genre. Je dirais que présentement l’art représente la société parce que nous ne la soutenons pas assez, et c’est également ce que nous faisons de nos valeurs. Et comme le dit René Derouin : « soutenir l’art, c’est soutenir ses propres valeurs, sinon il n’y a plus de pays. »

L’art doit-il être considéré comme un univers hermétiquement fermé et difficile d’accès, dû entre autres à sa trop grande institutionnalisation, ou comme un reflet de la société représentant l’urgence de bâtir des liens à travers nos valeurs? 

Actuellement, l’art nous est présenté comme quelque chose d’inaccessible, de nébuleux, d’intellectuellement difficile à comprendre, mais pourquoi cela, pourquoi une telle image? Nous sommes des artistes institutionnalisés qui cherchent un public, malheureusement restreint pour l’instant, dans une société où le choix d’aller voir ailleurs arrive avant l’affirmation de son identité. L’art, en général, devrait être accessible à tous puisqu’elle suppose être un reflet de la société dans lequel l’homme se reconnaît et s’affirme. Les musées devraient envisager d’intégrer l’aspect social et identitaire au lieu de s’asseoir sur une icône pendant 20 ans (le cas du Musée d’art contemporain avec le Refus Global). Je crois que l’art doit s’ouvrir à un nouvelle ère de pensée où l’appui des grands médias de communication où encore simplement la reconnaissance sur la place publique de la part de la société aura une place. Notre vision mériterait d’être réajustée, les lunettes que nous portons ne sont peut-être plus les bonnes. Une visite chez l’optométriste s’impose?





pouvoir et liberté

28 03 2008

radcb585.jpgComment vous sentiriez vous si on vous privait de votre liberté? Vous vous laisseriez faire sans rien dire? Ça m’étonnerait. Alors pourquoi lorsqu’il s’agit des autres on s’en fou et on ferme les yeux prétextant notre incompréhension et l’inutilité de gestes comme le boycottage des jeux de Pékin afin de montrer notre désapprobation face à cette situation de crise qui met à mort la liberté d’humains? Sommes-nous tombés si profond dans notre individualisme pour refuser de faire un geste, qui peut-être ne changera rien diront certains si on se fit à l’impact du boycottage des jeux olympiques de 1980, mais où est rendu la raison?

Quand je vois des gens tel que Condoleezza Rice affirmer «  qu’une telle décision serait une trahison pour les champions américains. “Je considère qu’il s’agit d’entretenir la confiance des athlètes qui se sont entraînés toute leur vie pour cette occasion et qui ne doivent pas en être privés.” » Je ne peux m’empêcher de dire : et la liberté que les tibétains réclament depuis des lustres, peut-on les en priver eux ? 

lundi 17 mars 2008

Etat d’urgence au Tibet

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-03-17-Tibet

Après les violences de la semaine dernière à Lhassa, l’armée a pris le contrôle de la capitale tibétaine. Les manifestations des moines bouddhistes, à l’occasion du 49e anniversaire de l’exil du dalaï-lama à Dharamsala (en Inde), ont fait plusieurs morts : quatre-vingt selon les représentants tibétains en exil, treize selon les autorités chinoises. Impossible d’avoir une idée précise. De toute évidence, les victimes se comptent parmi les religieux tibétains, mais aussi parmi les habitants hans et huis, accusés par les manifestants de colonisation. Le dalaï-lama a rappelé le 16 mars que le « gouvernement en exil » se prononçait en faveur d’une réelle autonomie, et non de l’indépendance (lire « Paradoxale “voie du milieu” au Tibet »). Bien que le Tibet figure officiellement parmi les Régions autonomes chinoises, il ne dispose d’aucune liberté : non seulement la religion y est sous contrôle — comme dans l’ensemble de la Chine —, mais la culture est écrasée (sauf le folklore), et l’implantation des non-Tibétains (des Hans, principalement, et des musulmans huis) favorisée. Le président chinois Hu Jintao, qui était secrétaire du parti communiste chinois au Tibet lors des manifestations réprimées en 1989, a renforcé cette pression, avec la construction du train Pékin-Lhassa, outil de désenclavement extraordinaire, mais également aide efficace à l’implantation han.





L’obsession de soi

28 03 2008

le_monde_et_moi_by_swedey.jpg« De Myspace aux blogs, des palais de la République aux émissions de télé-réalité, l’obsession de soi-même est le lot de notre époque. Mais qui sont vraiment les Narcisses contemporains? La redécouverte de la pensée de L’Américain Christopher Lasch s’impose, permettant de prendre un peu de distance et d’échapper aux lieux communs. Alors que l’ « amour de soi » traditionnel sous-tend « un sens du moi fort et stable ». « les Narcisses contemporains souffrent d’un sentiment d’inauthenticité et de vide intérieur » (La Culture du narcissisme, 1979). Ces expressions mettent en lumière l’ « homme psychologique de notre temps » dont Lasch a dessiné les contours en vue d’interroger notre culture. Pertinente, l’œuvre de cet intellectuel inclassable (1932-1994), issu de la gauche mais réfractaire à la religion du progrès, est une référence. Un seul ouvrage de lui n’avait pas encore été traduit en français, c’est désormais chose faite avec la parution du Moi assiégé. Essai sur l’érosion de la personnalité (Climats) Publié en 1984 sous le titre The Minimal Self, l’ouvrage prolonge La Culture du narcissisme en s’interrogant sur la difficulté du sujet contemporain à penser son individualité par rapport au monde. Lasch y brosse un portrait d’une individualité faible qui peine à cerner les contours du son « moi », en proie à une double illusion narcissique : le désir de toute-puissance laisse croire que le monde est à son image, et l’impression de n’en être qu’un simple jouet nourrit le sentiment de persécution. [..] » 

« Dans une époque troublée comme la nôtre, la vie quotidienne se transforme en un exercice de survie. Les gens vivent au jour le jour. Ils évitent de penser au passé, de crainte de succomber à une « nostalgie » déprimante : et lorsqu’ils pensent à l’avenir, c’est pour y trouver comment se prémunir des désastres que tous ou presque s’attendent désormais à affronter »  

Ces citations sont extraits d’un article du Philosophie magazine (mensuel N°17, mars 200 8) http://www.philomag.com/