La belle époque


Serions-nous que des étoiles?
15 mars 2009, 9:47
Classé dans : art, culture

simon_bilodeau2Captivés par les utopies désillusionnées de ce monde? L’exposition Tu n’es qu’une étoile du jeune artiste Simon Bilodeau présentée à la Galerie Art Mûr du 28 février au 4 avril 2009 fait partie de ces regards d’une inquiétante étrangeté portés sur le monde d’aujourd’hui. Simon Bilodeau est un artiste montant de la scène québécoise qui a su se démarquer, et se faire remarquer, dans le monde de l’art. Formé en arts visuels et médiatiques à l’UQAM, il a su attirer la critique et les regards durant une exposition étudiante présentée à l’université du Québec à Montréal en 2004. Jusqu’alors, c’était grâce à des expositions collectives que nous avions pu voir une partie de son travail. Après Vois comme c’est beau présenté à la Galerie Verticale en septembre 2008, apparaît Tu n’es qu’une étoile, portrait ardent de notre époque. L’artiste, par sa démarche, cherche à nous dépeindre un monde futuriste et pourtant tout en actualité. Il offre à nos yeux une critique et une vision décapées du monde. L’univers sculpté, dessiné, peinturé qu’il expose en est un de richesses, de luxe et de glamour, alors qu’il est loin d’exploser en couleurs par ces tons de noir, de blanc et de gris. Simon Bilodeau a la particularité dans sa démarche de faire de ses peintures et de ses sculptures des antités privées de leur pouvoir de séduction, comme vidées de leur couleur, saignées de leur vie. C’est ce que nous propose comme idée Nicolas Mavrikakis dans son article sur l’artiste dans le journal Voir, en date du 5 mars 2009. simon_bilodeau3

L’inspiration de cette exposition, explique l’artiste au Nightlife magazine, lui est venue d’une expérience de vie, sa visite il y a deux ans d’un site archéologique au Mexique. Simon Bilodeau, par Tu n’es qu’une étoile, vise à transposer fictivement cette expérience. Le résultat est sans contredit original, déstabilisant. L’artiste cherche irrémédiablement à nous faire réfléchir sur notre monde; une société de consommation grugée de l’intérieur par une guerre sournoise et silencieuse. Jérôme Delgado écrit dans Le Devoir : « Simon Bilodeau, lui, propose des réflexions tant sur la société de consommation que sur le milieu de l’art. » En effet, il remet en cause sans cesse cette société qu’est la nôtre et ses modes de fonctionnement, en plus de s’attaquer aux stratégies de mise en marché. C’est d’ailleurs la notoriété de l’artiste qu’il vise par l’utilisation exagérée de son nom à travers ses œuvres. Cet art qu’on pourrait qualifier de post-apocalyptique, selon Nicolas Mavrikakis, semble aussi montrer la beauté de la ruine; comme si notre époque voulait conserver une certaine dignité? C’est exactement cette époque que Simon Bilodeau vise, cette ère de guerre qui détruit tout y compris l’artiste, son statut. Rien ne semble vouloir résister à cet univers si ce n’est que les tons de gris et les débris qui le ornent. N. Mavrikakis va même jusqu’à dire: « Bush comme artiste contemporain, vedette rock qui détruit tout dans son show? » Serions-nous en train de détruire, en tant que peuple, le monde que nous avons construit semble nous dire l’artiste?

C’est sur une sculpture de son nom, de grandeur assez imposante, quelque peu détruite, amochée, que s’ouvre l’exposition de Simon Bilodeau. L’artiste se permet de transgresser les frontières jusque là connues de la galerie. Il nous amène à traverser un petit corridor surélevé orné des toiles « Résidu » alignées de façon exemplaire. Corridor qui nous mène à cette salle secrète, inédite, où se trouve, perchée en haut d’un autel miroitant, la toile « Technicolor ». Cette toile, qui fait, si on veut, acte final de l’exposition, représente la chute de la réalité. On semble célébrer cette dernière alors que le spectateur se rend bien compte que tout n’est qu’illusion, que tout est faux : des immenses diamants qui, en fait, ne sont que de plâtre, un autel qui semble briller, mais qui en fait n’est que du simple papier reflétant difficilement notre image. Simon Bilodeau, par ces fausses illusions cherche à dénoncer notre superficialité, aveuglés que nous sommes par l’artifice et le spectaculaire. Comme si on se nourrissait continuellement de simulacres, en se convainquant que tout ça est la réalité. Sur les murs, à notre entrée, on peut voir quelques toiles de format moyen, toiles qui évoquent un univers stérile, presque trop propre pour ce qu’ils représentent. Ces toiles laissent une impression de guerre propre, sournoise, silencieuse. Un champ de bataille qui aurait laissé peu de traces. Et ces énormes éclats blancs que nous pourrions facilement prendre pour des étoiles aux éclats démesurés. L’artiste cherche ici à démontrer les vices cachés d’une guerre Bush dont les souillures auraient été dissimulées. simon_bilodeau

Malgré cela, un certain désordre réussit quand même à émerger. Dans certains tableaux, il s’agit de jambes sectionnées portant le talon haut, arme de séduction féminine, des maisons détruites, ou encore un amas de crânes humains. Mais ces derniers sont toujours représentés en petits formats, dissimulés dans une partie du tableau. Encore ici, il s’agit de nous parler de ce qui est montrés et de ce qui est cachés. Simon Bilodeau le fait toujours d’un style très graphique, très soigné, alliant le dessin de précision. Dans chacune de ses œuvres on sent la volonté de continuer à explorer les possibilités infinies des motifs, de la texture, ou du noir et blanc. Cette exposition, par sa double critique de la société et du monde de l’art, possède une pertinence d’une étonnante véracité. Elle semble vouloir donner l’heure juste sur un monde d’une inquiétante étrangeté. Une époque de fausses prospérités où tout n’aurait été que cupidité et mensonges. Un monde qui était illusoirement de richesses. Simon Bilodeau cherche à orienter la réflexion sur des problématiques bien réelles que celles-ci soient d’ordre social ou artistique, entre autres par ses mises en scène faisant usage de symboles issus de l’imagerie populaire, de stéréotypes, etc. Il s’interroge sur le monde dans lequel on vit, mais également sur la valeur de l’œuvre d’art, son utilité et sa validité dans la société. Simon Bilodeau écrivait à propos de son travail qu’il « propos[ait] une œuvre destinée à exister dans le temps. » Cette exposition réussit, en effet, à se tracer un place dans notre mémoire.




Qu’est-ce que l’art aujourd’hui?
20 août 2008, 7:44
Classé dans : art, monde

« Créer ne se fait pas sur du néant. »

 

            Du Moyen Âge à aujourd’hui, les conceptions de l’art ont énormément changées. Selon Georges Duby, l’œuvre d’art, au sens qu’on donne à ce mot aujourd’hui, n’existait pas : « L’œuvre d’art n’existe pas en tant que telle avant la fin du Moyen Âge, parce qu’elle ne répond pas aux conceptions qui sont les nôtres et qui sont les héritières de celles qu’ont formulées les hommes de la Renaissance. » En fait, à l’époque médiévale, aucun terme ne désignait collectivement la peinture, la sculpture, l’architecture, la poésie, la musique et la danse puisque le mot « art » définissait un type de savoir et était utilisé en relation avec la science. L’art, selon nos conceptions, doit reposer sur un marché ouvert; or à cette époque il s’agit d’un marché fermé, presque réservé en exclusivité à l’Église ou encore pris comme un moyen de prouver la richesse et la noblesse de son statut. L’œuvre d’art avait une fonction d’affirmation de pouvoir, c’était un objet utile. C’est loin de ce qu’aujourd’hui nous avons comme perceptions face à l’art. Mais de nos jours, qu’est-ce que l’art en fait? Le marché de l’art est tellement vaste qu’on a de la difficulté à savoir ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas. On n’en vient à ne plus savoir à quoi s’identifier. La vision de l’art, depuis les temps médiévaux à aujourd’hui, a résolument changé, mais qu’en est-il de l’art aujourd’hui? Serions-nous en train d’assister à un divorce entre l’art et ses publics? Le problème vient, entre autres, du fait que l’art prend des formes variées et répond parfois à des exigences qui le rendent moins facilement lisible qu’auparavant. Il devient alors peut-être moins évident pour l’humain de s’identifier à quelque chose dont les limites ne sont pas établies, quelque chose qui semble plutôt vaste et, surtout, insaisissable. L’art d’aujourd’hui s’interroge beaucoup plus sur ce qu’est l’art que sur la beauté du résultat. Le sens de cet art échappe très souvent au grand public même. L’art moderne est fait en fonction de soi et non des autres. C’est le besoin de transmettre quelque chose. L’art est bien souvent, je crois, reflet de la société, de ses problématiques. Aujourd’hui, nous avons même tendance à dire que tout est de l’art, mais « si tout est art, rien n’est art. » Alors où en sommes-nous maintenant, à la fin de l’art?

 

 « Ce que nous appelons commencement est souvent la fin. La fin, c’est l’endroit d’où nous partons. » – Thomas Stearns Eliot

 

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Image : http://smth-fresh.deviantart.com/art/Smoke-Color-1-40540326

 

 



« La culture…ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers.»
16 août 2008, 10:35
Classé dans : art, culture, monde, philosophie

 

La notion de culture en est une des plus difficiles à saisir. Elle peut être considérée de différentes façons, soit comme l’ensemble des traits qui caractérisent une société ou encore comme tout ce qui englobe « les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » La culture, c’est ce qui chaque jour tente d’être reconnue afin de faire valoir sa vraie place au sein du développement de l’humain et de la société dans laquelle vit celui-ci. Dans le tourbillon capitaliste d’aujourd’hui, il n’est certes pas évident de faire valoir la culture comme un élément aussi important pour l’humain qu’un profit économique.

 

 

L’idéologie de développement actuelle est caractérisée par trois facteurs dominants dont, entre autres, « une conception linéaire et mécanique de l’histoire qui présuppose que toute société doit passer obligatoirement par les mêmes étapes de développement. »Or, cette idéologie ne tient pas compte des spécificités et des modes de vie différents de chaque société. N’importe quel projet de développement devrait tenir compte des réalités socio-culturelles qu’il est censé développer pourtant, ce n’est pas toujours le cas. On ne peut pas attribuer de caractère universel à l’idéologie de développement tout comme on ne peut pas attribuer un caractère universel à la culture, car si la culture peut être acteur de solidarité, elle est également un facteur de différenciation. Une remise en question des facteurs de base du développement serait peut-être à évaluer alors. En effet, l’aspect économique semble prendre une trop grande importance et cela, au détriment du développement centré sur l’homme : « On oublie ainsi que le « développement » n’est pas seulement la « croissance économique ». Pour être multidimensionnel et intégral, il doit se centrer sur l’homme. »Le critère économique a marqué l’idée de développement et il est difficile d’y remédier, d’en modifier les concepts. Non pas que le critère économique doit être effacé complètement de l’idée dominante de l’idéologie de développement, mais peut-être peut-on espérer qu’elle laisse un jour une place à la dimension culturelle afin de donner naissance à de nouveaux concepts de politique sociale et économique. Il est évident que la dimension culturelle du développement possède sa place dans la résolution des problématiques sociales. Cette place, elle l’aura « lorsqu’on aura dépassé le mythe de la croissance économique constante et qu’on aura reconnu que les instruments d’analyse et de politique économique dont on dispose pour faire face à la crise qui sévit dans le monde sont limités. »

 

Pourquoi la culture est-elle si essentielle à l’humain? La culture fait de l’homme ce qu’il est, ce qui le défini : « C’est la culture qui fait de nous des êtres spécifiquement humains. » L’homme a ce besoin vital de s’exprimer afin de prendre conscience de lui-même. Il remet sans cesse en question ce qu’il est et ses propres réalisations parce qu’il a ce besoin essentiel de trouver de nouvelles significations à ce qui l’entoure. Et tout cela, c’est par la culture qu’il le fait. Elle est non seulement essentielle à l’homme, mais dans une perspective de développement, elle peut aussi jouer un rôle extrêmement positif. La culture est ce qui défini chacun d’entre nous, autant en tant qu’individu qu’en tant que collectivité, et on se doit de s’en servir afin de régler les problèmes fondamentaux du monde contemporain. Son utilité, en effet, est d’une extrême importance dans le développement du monde parce que « si la culture définit la personnalité d’une communauté, elle détermine également son ouverture aux autres dans un monde où aucune culture ne peut plus survivre dans l’isolement. » La culture prend toute son importance dans l’idéologie de développement et elle se doit de prendre sa place, entre autres, au niveau du maintien de la paix où elle peut jouer un rôle des plus importants. Elle pourrait faire valoir les affinités essentielles qui réunissent les humains du monde entier afin qu’ils se reconnaissent enfin un avenir commun.

 

Il est aussi important de noter le statut immuable de la culture, c’est-à-dire de prendre celle-ci dans une perspective de continuel changement : « On peut concevoir la culture comme une force créatrice permettant de faire face au changement et de l’intégrer. » La culture est avant tout un concept plutôt qu’une réalité. On doit prendre celle-ci sous la forme d’une idée qui s’est développée au cours des années. Si la culture est si difficile à cerner c’est, entre autres, dû à son caractère contradictoire, à sa dualité, puisqu’elle est à la fois un héritage du passé et cette force créatrice face au changement tel que mentionné. La culture est ce qui différencie les individus des autres, mais elle est également ce qui les rassemble et qui parfois, même, les détruit. Dans une optique de développement, je crois que la culture doit s’inscrire dans un concept en évolution, dans une idée d’ouverture sur le monde plutôt qu’enfermée sur elle-même tel qu’il en est question dans Le rapport mondial sur la culture 1998 de Robert Borofsky. Le problème de nos sociétés modernes est que le changement fait peur. L’humain déplore constamment la perte des valeurs, de l’identité culturelle, de la culture en fait. Il oublie que la culture ne disparaît pas, mais plutôt qu’elle évolue. C’est plutôt d’accepter l’idée du changement qui est difficile. Tout comme l’humain, la culture s’imprègne des autres pour se créer sa propre identité. Ainsi, chaque culture tire son essence des cultures qui lui sont voisines : « Il n’existe pas de culture hermétiquement fermée […] toutes les cultures sont influencées par d’autres cultures, sur lesquelles elles influent à leur tour. » Tout comme le monde et les êtres humains qui y vivent, la culture doit évoluer si elle veut rester en vie, si elle veut conserver un sens aux yeux des humains. On dit souvent que « les temps changent et les mentalités aussi ». Il en va de même pour la culture, et c’est tout à fait normal.

Je crois que la culture possède une place des plus essentielles dans le développement, j’irais même jusqu’à dire que l’un ne va pas sans l’autre puisque tous les deux sont en continuel changement. La culture est un de ces sujets actuellement explosifs en plus d’être l’un des termes les plus durs à définir. Un des discours qui est récurrent aujourd’hui face à la perte de nos valeurs devrait justement être pris comme « un processus créatif de reconstitution et de réaffirmation desdites valeurs. » Le fait de prendre conscience du changement est une façon de se regarder nous-mêmes en tant que peuple à savoir où nous sommes allés, où nous sommes rendus, et surtout vers quoi nous nous dirigeons.   

 

 

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Image par False illusion : http://falseillusionphoto.wordpress.com/

 

 

 

 



La fin de l’art institutionnel?
1 avril 2008, 2:21
Classé dans : art, monde

spece_de_courge_by_yo0pitra_lala.jpgLa reconnaissance internationale est-elle nécessaire à l’obtention du soutien de notre propre pays? 

Je crois qu’il faut commencer par se connaître soi-même avant d’essayer de connaître les autres. Il en va de même pour l’art tout comme l’identité d’un peuple : « J’ai toujours cru que l’art devait incarner la société et le territoire qu’il occupe et que le choix d’aller voir ailleurs arrive après l’affirmation de son identité. » Je dirais donc qu’il n’est absolument pas nécessaire que la reconnaissance internationale nous apporte le soutien de notre pays. Le soutien de notre pays nous devrions l’avoir dès le départ pour, par la suite, s’approprier la reconnaissance des autres nations parce que nous serons fiers de présenter ce que nous avons fait du côté de l’avancement en art de tout genre. Je dirais que présentement l’art représente la société parce que nous ne la soutenons pas assez, et c’est également ce que nous faisons de nos valeurs. Et comme le dit René Derouin : « soutenir l’art, c’est soutenir ses propres valeurs, sinon il n’y a plus de pays. »

L’art doit-il être considéré comme un univers hermétiquement fermé et difficile d’accès, dû entre autres à sa trop grande institutionnalisation, ou comme un reflet de la société représentant l’urgence de bâtir des liens à travers nos valeurs? 

Actuellement, l’art nous est présenté comme quelque chose d’inaccessible, de nébuleux, d’intellectuellement difficile à comprendre, mais pourquoi cela, pourquoi une telle image? Nous sommes des artistes institutionnalisés qui cherchent un public, malheureusement restreint pour l’instant, dans une société où le choix d’aller voir ailleurs arrive avant l’affirmation de son identité. L’art, en général, devrait être accessible à tous puisqu’elle suppose être un reflet de la société dans lequel l’homme se reconnaît et s’affirme. Les musées devraient envisager d’intégrer l’aspect social et identitaire au lieu de s’asseoir sur une icône pendant 20 ans (le cas du Musée d’art contemporain avec le Refus Global). Je crois que l’art doit s’ouvrir à un nouvelle ère de pensée où l’appui des grands médias de communication où encore simplement la reconnaissance sur la place publique de la part de la société aura une place. Notre vision mériterait d’être réajustée, les lunettes que nous portons ne sont peut-être plus les bonnes. Une visite chez l’optométriste s’impose?