La belle époque


La richesse se trouve là où on veut bien la trouver
29 avril 2012, 2:01
Filed under: Non classé

M. Charest, vous direz que la richesse se trouve dans le nord du Québec et qu’il faut y investir notre argent. Moi je vous dirai que la richesse du Québec se trouve au nord du corps de chaque étudiant que vous insultez chaque jour depuis plusieurs semaines. Parce qu’on pourra dire un jour que c’est dans la tête de cette génération qu’est né l’espoir d’un avenir meilleur.



Évitez la généralisation, informez-vous!
27 novembre 2009, 5:24
Filed under: actualité

Le parcours de la femme porteuse de la nouvelle orthographe au Québec.

C’est dans son bureau de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) que Chantal Contant, chargée de cours au département de linguistique, m’accueille, un sourire collé aux lèvres. C’est pourtant par hasard que cette passionnée de la langue s’est retrouvée à étudier la linguistique. Celle qui voulait d’abord étudier en journalisme a été amenée à découvrir la science du langage qui depuis ne la quitte plus.

C’est d’un pas pressé et contente de me voir que Mme Contant m’ouvre la porte de son bureau qu’elle partage avec plusieurs collègues, heureusement absents pour notre période d’entrevue. Celle-ci m’avoue qu’elle est restée en linguistique parce que son côté mathématique l’a poussée à s’intéresser à la linguistique informatique. C’est de cette façon qu’elle s’est retrouvée à programmer des logiciels informatiques de correction du français. Elle est d’ailleurs la grammairienne-informaticienne derrière Antidote, logiciel bien connu de la langue française.

De l’enseignement aux machines à ne plus faire de fautes, elle s’est mise à enseigner aux humains à bien écrire. « Je me suis dit, je vais nuire à mon propre travail! Le jour où la machine va être parfaite, il n’y aura plus d’humains sur les bancs d’écoles », me dit-elle d’un rire discret puisqu’au fond elle sait très bien que la machine ne sera jamais parfaite. Elle renchérit en expliquant que, après tout, on aura toujours besoin de connaitre[1] notre français malgré la présence des correcteurs informatiques.

La messagère de la nouvelle orthographe

C’est dans la folie des derniers temps, sur la nouvelle orthographe et les rumeurs qui s’en suivent, qu’on a pu voir Chantal Contant courir les médias et les conférences, en plus de sa présence au Salon du livre, afin d’apaiser la conscience des âmes inquiètes pour leur bon vieux français. En effet, celle qui sert de porte-parole pour la nouvelle orthographe au Québec m’explique comment elle en est venue à obtenir ce rôle. Déjà au courant des changements apportés à la langue depuis le début des années 90, c’est en septembre 2003 qu’elle et l’équipe de l’UQAM décident de mettre à jour l’enseignement donné aux étudiants en grammaire en adoptant la nouvelle orthographe. Dans les semaines suivantes, elle reçoit un appel d’Europe lui demandant si l’UQAM applique la nouvelle orthographe dans son institution. Étonnée, elle leur répond que les professeurs de français de l’UQAM l’enseignent depuis peu!

Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français

Une brochure explicative sur la nouvelle orthographe[2] circulait déjà en France, en Belgique et en Suisse, pays où des associations sans but lucratif pour la nouvelle orthographe existaient. Afin d’avoir accès à cette brochure, Chantal Contant ainsi que deux collègues de l’Université de Montréal et du HEC mettent sur pied, en janvier 2004, le Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français (GQMNF), qui s’intègre alors au réseau international pour la nouvelle orthographe (le RENOUVO). C’est fièrement qu’elle m’annonce que le GQMNF compte plus de 2000 membres à ce jour.

Les rectifications orthographiques, un nivèlement par le bas?

Avec toutes les rumeurs qui ont pu circuler, c’est certain que l’explication de la nouvelle orthographe au public n’a pas dû être facile. Cette spécialiste de la nouvelle orthographe me dit pourtant qu’elle s’y attendait, et même que ce n’est pas si mal que ça! Des 5000 mots touchés par la nouvelle orthographe, ce sont les mêmes trois mots qui font paniquer les gens. C’est le cas, par exemple, du mot « nénufar » qui en a fait paniquer plus d’un. Chantal Contant m’explique alors que « nénufar » était une erreur dans le dictionnaire en 1935. Et on le sait, lorsqu’une erreur se glisse dans le dictionnaire, ça devient une erreur mondiale! Dans le cas de « nénufar »,  il s’agissait d’une rumeur qui circulait depuis quelques décennies comme quoi ce mot viendrait du grec alors qu’il trouve plutôt ses origines dans la langue arabe! Les gens généralisent, pensant qu’on bafoue notre langue. Alors qu’au contraire, dans le cas du mot nénufar, c’est un respect pour l’histoire de ce mot. Elle ajoute, sur un ton humoristique, que  « Les gens n’ont plus à s’affoler pour l’éléphant et la philosophie qui vont garder leur « ph » grec ». Lorsque’on explique ça au public, et bien il dédramatise.

 

Quelques conseils à donner?

« C’est certain que les enseignants doivent cesser d’enseigner des exceptions qui n’en sont plus » Elle me mentionne qu’il est important de montrer aux enfants que le français ce n’est pas une montagne d’exceptions. Le français c’est un système.  Il y a des règles derrière ça, « Il faut arrêter de s’aveugler avec les exceptions ». Dans l’accord verbe/sujet, par exemple, c’est  4% des cas qui sont des exceptions. Pour le reste, soit 96%, il s’agit de la règle générale. Et pourtant, c’est cette règle générale-là qui est mal appliquée. Le but n’était pas de simplifier pour simplifier me dit-elle franchement. Ces rectifications sont là pour apporter de la cohérence, rendant même plus facile l’apprentissage de notre langue. L’important c’est donc de rester à jour? Bien sûr, me répond-elle automatiquement! Les médecins ne doivent pas prescrire les mêmes pilules qu’il y a 30 ans, il en va de même pour tous les autres métiers, « c’est juste normal d’évoluer ».

Lorsque je lui demande, en terminant, son point de vue sur l’avenir du français, elle fait résonner un rire franc et pourtant porteur d’espoir en me disant qu’elle aime mieux ne pas y penser! « Je sais que ça va prendre du temps, au moins 20 ans avant que ça soit vraiment intégré, assimilé […] mais avant que les gens perdent leur vieilles habitudes, ça va prendre du temps aussi, au moins une autre génération. » C’est pourtant des étoiles dans les yeux que cette « messagère de la nouvelle orthographe » clôt notre entretien. Une volonté qui, je crois, sera loin de lui faire défaut pour les obstacles à venir.

 


[1] Cet article est écrit en nouvelle orthographe. Pour plus d’information : www.nouvelleorthographe.info.

[2] RENOUVO. Le millepatte sur un nénufar; Vadémécum de l’orthographe recommandée. RENOUVO, Édition De Champlain S. F, Québec, 2008



Remarque
28 mars 2009, 8:49
Filed under: Au goût du jour

Il y a ceux qui ont tout mais n’apprécient rien, du moins à leur juste valeur. Le fait de possèder suffit à tout, même sans sentiments remarquables. Puis il y a ceux qui n’ont rien, mais portent en eux tous les sentiments du monde.



Serions-nous que des étoiles?
15 mars 2009, 9:47
Filed under: art, culture

simon_bilodeau2Captivés par les utopies désillusionnées de ce monde? L’exposition Tu n’es qu’une étoile du jeune artiste Simon Bilodeau présentée à la Galerie Art Mûr du 28 février au 4 avril 2009 fait partie de ces regards d’une inquiétante étrangeté portés sur le monde d’aujourd’hui. Simon Bilodeau est un artiste montant de la scène québécoise qui a su se démarquer, et se faire remarquer, dans le monde de l’art. Formé en arts visuels et médiatiques à l’UQAM, il a su attirer la critique et les regards durant une exposition étudiante présentée à l’université du Québec à Montréal en 2004. Jusqu’alors, c’était grâce à des expositions collectives que nous avions pu voir une partie de son travail. Après Vois comme c’est beau présenté à la Galerie Verticale en septembre 2008, apparaît Tu n’es qu’une étoile, portrait ardent de notre époque. L’artiste, par sa démarche, cherche à nous dépeindre un monde futuriste et pourtant tout en actualité. Il offre à nos yeux une critique et une vision décapées du monde. L’univers sculpté, dessiné, peinturé qu’il expose en est un de richesses, de luxe et de glamour, alors qu’il est loin d’exploser en couleurs par ces tons de noir, de blanc et de gris. Simon Bilodeau a la particularité dans sa démarche de faire de ses peintures et de ses sculptures des antités privées de leur pouvoir de séduction, comme vidées de leur couleur, saignées de leur vie. C’est ce que nous propose comme idée Nicolas Mavrikakis dans son article sur l’artiste dans le journal Voir, en date du 5 mars 2009. simon_bilodeau3

L’inspiration de cette exposition, explique l’artiste au Nightlife magazine, lui est venue d’une expérience de vie, sa visite il y a deux ans d’un site archéologique au Mexique. Simon Bilodeau, par Tu n’es qu’une étoile, vise à transposer fictivement cette expérience. Le résultat est sans contredit original, déstabilisant. L’artiste cherche irrémédiablement à nous faire réfléchir sur notre monde; une société de consommation grugée de l’intérieur par une guerre sournoise et silencieuse. Jérôme Delgado écrit dans Le Devoir : « Simon Bilodeau, lui, propose des réflexions tant sur la société de consommation que sur le milieu de l’art. » En effet, il remet en cause sans cesse cette société qu’est la nôtre et ses modes de fonctionnement, en plus de s’attaquer aux stratégies de mise en marché. C’est d’ailleurs la notoriété de l’artiste qu’il vise par l’utilisation exagérée de son nom à travers ses œuvres. Cet art qu’on pourrait qualifier de post-apocalyptique, selon Nicolas Mavrikakis, semble aussi montrer la beauté de la ruine; comme si notre époque voulait conserver une certaine dignité? C’est exactement cette époque que Simon Bilodeau vise, cette ère de guerre qui détruit tout y compris l’artiste, son statut. Rien ne semble vouloir résister à cet univers si ce n’est que les tons de gris et les débris qui le ornent. N. Mavrikakis va même jusqu’à dire: « Bush comme artiste contemporain, vedette rock qui détruit tout dans son show? » Serions-nous en train de détruire, en tant que peuple, le monde que nous avons construit semble nous dire l’artiste?

C’est sur une sculpture de son nom, de grandeur assez imposante, quelque peu détruite, amochée, que s’ouvre l’exposition de Simon Bilodeau. L’artiste se permet de transgresser les frontières jusque là connues de la galerie. Il nous amène à traverser un petit corridor surélevé orné des toiles « Résidu » alignées de façon exemplaire. Corridor qui nous mène à cette salle secrète, inédite, où se trouve, perchée en haut d’un autel miroitant, la toile « Technicolor ». Cette toile, qui fait, si on veut, acte final de l’exposition, représente la chute de la réalité. On semble célébrer cette dernière alors que le spectateur se rend bien compte que tout n’est qu’illusion, que tout est faux : des immenses diamants qui, en fait, ne sont que de plâtre, un autel qui semble briller, mais qui en fait n’est que du simple papier reflétant difficilement notre image. Simon Bilodeau, par ces fausses illusions cherche à dénoncer notre superficialité, aveuglés que nous sommes par l’artifice et le spectaculaire. Comme si on se nourrissait continuellement de simulacres, en se convainquant que tout ça est la réalité. Sur les murs, à notre entrée, on peut voir quelques toiles de format moyen, toiles qui évoquent un univers stérile, presque trop propre pour ce qu’ils représentent. Ces toiles laissent une impression de guerre propre, sournoise, silencieuse. Un champ de bataille qui aurait laissé peu de traces. Et ces énormes éclats blancs que nous pourrions facilement prendre pour des étoiles aux éclats démesurés. L’artiste cherche ici à démontrer les vices cachés d’une guerre Bush dont les souillures auraient été dissimulées. simon_bilodeau

Malgré cela, un certain désordre réussit quand même à émerger. Dans certains tableaux, il s’agit de jambes sectionnées portant le talon haut, arme de séduction féminine, des maisons détruites, ou encore un amas de crânes humains. Mais ces derniers sont toujours représentés en petits formats, dissimulés dans une partie du tableau. Encore ici, il s’agit de nous parler de ce qui est montrés et de ce qui est cachés. Simon Bilodeau le fait toujours d’un style très graphique, très soigné, alliant le dessin de précision. Dans chacune de ses œuvres on sent la volonté de continuer à explorer les possibilités infinies des motifs, de la texture, ou du noir et blanc. Cette exposition, par sa double critique de la société et du monde de l’art, possède une pertinence d’une étonnante véracité. Elle semble vouloir donner l’heure juste sur un monde d’une inquiétante étrangeté. Une époque de fausses prospérités où tout n’aurait été que cupidité et mensonges. Un monde qui était illusoirement de richesses. Simon Bilodeau cherche à orienter la réflexion sur des problématiques bien réelles que celles-ci soient d’ordre social ou artistique, entre autres par ses mises en scène faisant usage de symboles issus de l’imagerie populaire, de stéréotypes, etc. Il s’interroge sur le monde dans lequel on vit, mais également sur la valeur de l’œuvre d’art, son utilité et sa validité dans la société. Simon Bilodeau écrivait à propos de son travail qu’il « propos[ait] une œuvre destinée à exister dans le temps. » Cette exposition réussit, en effet, à se tracer un place dans notre mémoire.





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