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Il y a ceux qui ont tout mais n’apprécient rien, du moins à leur juste valeur. Le fait de possèder suffit à tout, même sans sentiments remarquables. Puis il y a ceux qui n’ont rien, mais portent en eux tous les sentiments du monde.
Captivés par les utopies désillusionnées de ce monde? L’exposition Tu n’es qu’une étoile du jeune artiste Simon Bilodeau présentée à la Galerie Art Mûr du 28 février au 4 avril 2009 fait partie de ces regards d’une inquiétante étrangeté portés sur le monde d’aujourd’hui. Simon Bilodeau est un artiste montant de la scène québécoise qui a su se démarquer, et se faire remarquer, dans le monde de l’art. Formé en arts visuels et médiatiques à l’UQAM, il a su attirer la critique et les regards durant une exposition étudiante présentée à l’université du Québec à Montréal en 2004. Jusqu’alors, c’était grâce à des expositions collectives que nous avions pu voir une partie de son travail. Après Vois comme c’est beau présenté à la Galerie Verticale en septembre 2008, apparaît Tu n’es qu’une étoile, portrait ardent de notre époque. L’artiste, par sa démarche, cherche à nous dépeindre un monde futuriste et pourtant tout en actualité. Il offre à nos yeux une critique et une vision décapées du monde. L’univers sculpté, dessiné, peinturé qu’il expose en est un de richesses, de luxe et de glamour, alors qu’il est loin d’exploser en couleurs par ces tons de noir, de blanc et de gris. Simon Bilodeau a la particularité dans sa démarche de faire de ses peintures et de ses sculptures des antités privées de leur pouvoir de séduction, comme vidées de leur couleur, saignées de leur vie. C’est ce que nous propose comme idée Nicolas Mavrikakis dans son article sur l’artiste dans le journal Voir, en date du 5 mars 2009. 
L’inspiration de cette exposition, explique l’artiste au Nightlife magazine, lui est venue d’une expérience de vie, sa visite il y a deux ans d’un site archéologique au Mexique. Simon Bilodeau, par Tu n’es qu’une étoile, vise à transposer fictivement cette expérience. Le résultat est sans contredit original, déstabilisant. L’artiste cherche irrémédiablement à nous faire réfléchir sur notre monde; une société de consommation grugée de l’intérieur par une guerre sournoise et silencieuse. Jérôme Delgado écrit dans Le Devoir : « Simon Bilodeau, lui, propose des réflexions tant sur la société de consommation que sur le milieu de l’art. » En effet, il remet en cause sans cesse cette société qu’est la nôtre et ses modes de fonctionnement, en plus de s’attaquer aux stratégies de mise en marché. C’est d’ailleurs la notoriété de l’artiste qu’il vise par l’utilisation exagérée de son nom à travers ses œuvres. Cet art qu’on pourrait qualifier de post-apocalyptique, selon Nicolas Mavrikakis, semble aussi montrer la beauté de la ruine; comme si notre époque voulait conserver une certaine dignité? C’est exactement cette époque que Simon Bilodeau vise, cette ère de guerre qui détruit tout y compris l’artiste, son statut. Rien ne semble vouloir résister à cet univers si ce n’est que les tons de gris et les débris qui le ornent. N. Mavrikakis va même jusqu’à dire: « Bush comme artiste contemporain, vedette rock qui détruit tout dans son show? » Serions-nous en train de détruire, en tant que peuple, le monde que nous avons construit semble nous dire l’artiste?
C’est sur une sculpture de son nom, de grandeur assez imposante, quelque peu détruite, amochée, que s’ouvre l’exposition de Simon Bilodeau. L’artiste se permet de transgresser les frontières jusque là connues de la galerie. Il nous amène à traverser un petit corridor surélevé orné des toiles « Résidu » alignées de façon exemplaire. Corridor qui nous mène à cette salle secrète, inédite, où se trouve, perchée en haut d’un autel miroitant, la toile « Technicolor ». Cette toile, qui fait, si on veut, acte final de l’exposition, représente la chute de la réalité. On semble célébrer cette dernière alors que le spectateur se rend bien compte que tout n’est qu’illusion, que tout est faux : des immenses diamants qui, en fait, ne sont que de plâtre, un autel qui semble briller, mais qui en fait n’est que du simple papier reflétant difficilement notre image. Simon Bilodeau, par ces fausses illusions cherche à dénoncer notre superficialité, aveuglés que nous sommes par l’artifice et le spectaculaire. Comme si on se nourrissait continuellement de simulacres, en se convainquant que tout ça est la réalité. Sur les murs, à notre entrée, on peut voir quelques toiles de format moyen, toiles qui évoquent un univers stérile, presque trop propre pour ce qu’ils représentent. Ces toiles laissent une impression de guerre propre, sournoise, silencieuse. Un champ de bataille qui aurait laissé peu de traces. Et ces énormes éclats blancs que nous pourrions facilement prendre pour des étoiles aux éclats démesurés. L’artiste cherche ici à démontrer les vices cachés d’une guerre Bush dont les souillures auraient été dissimulées. 
Malgré cela, un certain désordre réussit quand même à émerger. Dans certains tableaux, il s’agit de jambes sectionnées portant le talon haut, arme de séduction féminine, des maisons détruites, ou encore un amas de crânes humains. Mais ces derniers sont toujours représentés en petits formats, dissimulés dans une partie du tableau. Encore ici, il s’agit de nous parler de ce qui est montrés et de ce qui est cachés. Simon Bilodeau le fait toujours d’un style très graphique, très soigné, alliant le dessin de précision. Dans chacune de ses œuvres on sent la volonté de continuer à explorer les possibilités infinies des motifs, de la texture, ou du noir et blanc. Cette exposition, par sa double critique de la société et du monde de l’art, possède une pertinence d’une étonnante véracité. Elle semble vouloir donner l’heure juste sur un monde d’une inquiétante étrangeté. Une époque de fausses prospérités où tout n’aurait été que cupidité et mensonges. Un monde qui était illusoirement de richesses. Simon Bilodeau cherche à orienter la réflexion sur des problématiques bien réelles que celles-ci soient d’ordre social ou artistique, entre autres par ses mises en scène faisant usage de symboles issus de l’imagerie populaire, de stéréotypes, etc. Il s’interroge sur le monde dans lequel on vit, mais également sur la valeur de l’œuvre d’art, son utilité et sa validité dans la société. Simon Bilodeau écrivait à propos de son travail qu’il « propos[ait] une œuvre destinée à exister dans le temps. » Cette exposition réussit, en effet, à se tracer un place dans notre mémoire.
N’est utile que ce à quoi on donne du sens.
Je préfère être remplie de l’intérieur que d’être entouré de richesse, mais complètement vide.
Là est ma différence avec ce monde capitaliste, je sais bien que je ne suis pas la seule, et ça me réconforte.