Je lisais un article tout récemment qui m’a bien fait réfléchir sur notre façon de percevoir les apparences. On le sait bien les apparences sont trompeuses, il paraît oui…du moins c’est ce qu’on dit. Mais peut-être bien que c’est le sentiment d’être trompé par
eux qui est un piège. Notez bien la différence. On aime bien rencontrer quelqu’un et lui donner involontairement un étiquette, qu’on le veuille ou non, et on se sent fier d’avoir découvert chez cette personne un aspect qui a priori ne sautait pas aux yeux, du moins c’est ce qu’on se fait croire. Ce qui est dure à admettre c’est que nous avons tout sous les yeux. On se montre bien ce qu’on veut voir, le reste on le cache sous le tapis avec la poussière. « Tel un comédien dont les spectateurs savent qu’il récite un texte, l’apparence n’induit en erreur qu’en renseignant immédiatement celui qui l’observe sur l’erreur qu’elle propose. »
Une chose est drôle pourtant. On dit souvent que la première impression est importante. Pourtant, dans notre mentalité, il faut aller voir plus loin que cela, et c’est tout à fait louable, mais cette première impression, cette première intuition je dirais, peut, elle aussi, être d’une très grande révélation.
Personne ne veut être dupe des apparences, tout le monde veut sortir de la noirceur, rejoindre la vérité, le « monde vrai ».
« La société du spectacle est aussi le spectacle de la société qui s’admire et se félicite de n’être pas dupe du spectacle qu’on lui propose. »
« Nous avons tout sous les yeux, mais il est plus difficile d’admettre ce qu’on sait, que de découvrir ce qu’on ignore. » Tout comme il est difficile de garder les yeux ouverts quand tout le monde les a fermés.
Inspiré de : Les apparences, Raphaël Enthoven. Philosophie magazine. Mensuel no 17, mars 2008
3 commentaires jusqu'à présent
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J’en tiens pour la réhabilitation des apparences. Attention : pas seulement première apparence, mais l’apparence qui continue d’apparaître, la réalité sensible, quoi.
On nous a menti (c’était en classe de terminale je crois) avec le mythe de la caverne et l’injonction de méfiance – que dis-je de méfiance, de mépris ! – à son endroit. Les belles Idées, les vilaines apparences : je dis que cela est foutaise.
L’idée est facile. L’idée vient d’abord, et dès le plus jeune âge (par exemple, l’idée de jaune comme couleur préférée, l’idée de loup, l’idée de bien et l’idée de mal). Que j’observe une scène, et ce que j’observe est instantanément dissimulée sous une foule d’Idées. C’est bien l’apparence qui m’inspire, mais celle du premier instant seulement, qui bientôt est recouverte par les concepts qui me submergent de manière incontrôlable. Un pull jaune m’est-il offert, instantanément, si je n’y prends garde, le jugement que j’ai de l’idée jaune occultera celui que je pourrais émettre sur ce jaune-ci, qui m’est proposé, avec sa tonalité et sa texture si particulières, uniques, délicates. Je ne juge pas de l’apparence, je juge les idées que l’apparence au premier instant m’a inspirées. Jugeant par exemple que le jaune est une couleur pour les enfants, je passerai à côté des plaisirs qu’aurait dû me procurer ce pull, certes jaune, mais de ce jaune-ci que le mohair exalte. Encore dans cet exemple ne parle-t-on que d’un pull : ce n’est pas trop grave. Mais si l’on parlait de vous…
S’en tenir aux apparences le plus longtemps possible, tenir en respect ces concepts que l’instinct de survie nous aura conduits très tôt à sur-développer, voilà la difficulté de l’homme. Cela demande de la volonté et de l’exercice.
Comment par hipparchia 6 mai 2008 @ 10:00Merci de la visite hipparchia, et du commentaire surtout. Je suis en effet d’accord avec vos propos. L’article que j’avais lu à ce sujet et qui m’avais inspiré ce petit texte m’avais fait sérieusement réfléchir sur les idées préconcus que nous avions depuis notre enfance et dans notre éducation.
Souvent dans la vie il faut faire table rase de tout et recommencer sur de nouvelles bases, se défaire de tous les concepts et étiquettes que nous avons pu avoir dans notre éducation. Et effectivement cela demande beaucoup de volonté et de l’exercice de notre part, mais surtout une ouverture d’esprit.
Comment par lepapillonbleu 6 mai 2008 @ 1:55Je me suis permis de prolonger cette discussion commencée avec vous sur ce blog (leshumeursdecrates.blogspot.com).
Comment par D. Trotin 15 mai 2008 @ 5:41